Combien de vies humaines et de souffrances aurait-on pu éviter ?
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ce que la presse ne nous dit pas
un texte paru dans les pages editoriales du Wall Street Journal Europe en date du 22 novembre 2000. Ecrit par l'animateur de l'Israel Center for Social and Economic Progress, Daniel Doron, il défend la thèse que les accords d'Oslo étaient dès le début condamnés à l'échec dans la mesure où ils aboutissaient à faire passer la majorité des populations de Palestine sous le contrôle d'un régime autoritaire et corrompu ne présentant aucune des caractéristiques d'un état de droit moderne. L'Israel Center for Social and Economic Progress est un think tank libéral créé sur le modèle du fameux Institute for Economic Affairs.
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La Paix par le commerce et l'économie, de Daniel Doron (Wall Street Journal Europe, 22 novembre 2000)
Dans un article publié par le Wall Street Journal - Europe Daniel Doron évoque l'étonnante situation d'Abu Gosh, un village arabe de Palestine situé à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Jérusalem, réputé pour ses restaurants et ses nombreuses boutiques, où touristes et acheteurs israéliens continuent d'affluer en grand nombre, apparamment en toute sécurité, en dépit du quasi état de guerre qui affecte toute la région. Même constat pour le célèbre marché arabe de Jérusalem-est qui ne désemplit pas malgré les événements. Les israéliens y dépensent chaque année l'équivalent de la moitié de toute l'aide étrangère destinée à la Palestine.
Partisan d'une politique économique qui aurait visé à faire de Gaza ou même de toute la Palestine une sorte de Hong Kong moyen oriental, Doron observe que là où le commerce prospère, là où les échanges économiques sont les plus intenses - parce qu'aussi les plus libres - la guerre et le terrorisme restent tenus en échec. C'est ce qui se passe dans ces deux localités.
A ses yeux la véritable cause de l'Intifada se trouve dans l'échec économique qui résulte du caractère profondément autoritaire de la politique menée par les autorités palestiniennes. Il n'épargne pas non plus la bureaucratie israélienne. Sa conclusion est que le grand défaut des accords d'Oslo a été de rechercher la paix sans jamais penser à la contibution qu'une ouverture économique résolument libérale aurait pu apporter.
Sur ces marchés pourtant localisés en plein territoire arabe, observe-t-il, il n'y a jamais eu la moindre attaque contre les juifs. Même à Jérusalem, ce haut lieu du conflit entre arabes et israéliens, la paix tend à prévaloir. Et cela malgré l'attitude plutôt généralement ambiguë de l'Autorité Palestinienne, ainsi que les épisodiques réglements de comptes dont sont souvent victimes les "collaborateurs" arabes.
La raison pour laquelle ces palestiniens de Jérusalem-est, pourtant intensément nationalistes, ont fini par accepter des papiers d'identité israéliens, écrit-il, tient en un mot : prospérité. La loi israélienne leur permet de prospérer car elle leur apporte une sécurité et un respect de leurs droits sans aucun rapport avec la situation qui prévaut dans les régions directement placées sous le pouvoir de l'Autorité Palestinienne. Et cela bien qu'ils continuent de faire l'objet d'une réelle discrimination au sein de la société israélienne. C'est le marché même qui en donne la preuve. Chaque fois que la rumeur arrive selon laquelle un quartier à peuplement essentiellement arabe va prochainement être remis à l'Autorité Palestinienne, immédiatement les prix immobiliers s'effondrent ; ce qui indique bien le sens des préférences des habitants.
Une grande chance a été gaspillée en 1967, au lendemain de l'annexion des territoires arabes. A l'époque, Moshé Dayan, alors Ministre de la Défense, y avait institué une politique plus ou moins de laissez-faire. Dayan était suffisamment intelligent pour comprendre qu'il valait mieux laisser les arabes vendre leurs productions avec le minimum d'interférence de l'Etat. (Si seulement il avait pu instiller ce même esprit de libre-marché sur tout le reste du territoire israélien, aujourd'hui largement prisonnier d'un esprit étatique étroit et tâtillon ! ).
Tout cela montre que la vieille règle d'or selon laquelle les intérêts économiques triomphent toujours des divisions politiques, reste valable, même au cœur du Moyen Orient. Si les Israéliens et leurs interlocuteurs américains y avaient fait davantage attention, et s'ils avaient commencé par agir de manière à encourager un progrès économique qui aurait permis l'émergence chez les arabes d'une société civile ayant partie liée avec la paix ; s'ils n'avaient pas pris le parti d'imposer aux palestiniens la présence d'un régime politique autoritaire, répressif et corrompu dont l'action ne pouvait que conduire à la ruine du pays ; et s'ils n'avaient pas persisté dans leur volonté d'imposer à tout prix cette solution politique prématurée à une population appauvrie et mécontente - tout simplement pour permettre au Président Clinton d'en ramasser les lauriers avant les élections -, combien de vies humaines et de souffrances aurait-on pu éviter ?
Les accords d'Oslo recélaient les germes de leur propre échec dans la mesure ils mettaient en place des conditions qui ne pouvaient que jouer contre la croissance économique.
Ils ont placé 90 % de la population arabe sous le contrôle de l'Autorité palestinienne. Mais au lieu d'y pérenniser le genre d'état de droit qui existait sous l'occupation israélienne et qui facilitait quand même le développement économique, Yasser Arafat et son entourage, de retour de leur exil à Tunis, en ont profité pour y établir un régime autoritaire et perverti par la corruption. Ils y règnent par la terreur, la torture, les enlèvements et l'intimidation permanente. Les hommes d'affaires palestiniens qui s'étaient expatriés et qui sont revenus investir dans le pays ont été contraints d'y prendre des "associés". Ils sont bien vite repartis, effrayés par l'absence d'ordre et de sécurité entrenue par le régime.
L'Autorité Palestinienne a reçu plus d'un milliard de dollars d'aide. Bien peu y a été investi dans le développement local et régional. L'essentiel a été dépensé pour payer plusieurs dizaines de milliers de nouveaux fonctionnaires, les parades d'une "force de police" de plus de 40 000 hommes, sans compter pas moins de sept services de sécurité rivaux, ainsi que les innombrables indics et agitateurs qui incitent aux émeutes. Plusieurs dizaines de millions de dollars ont été mis de côté dans des comptes étrangers, dans la construction de somptueuses deumeures à Gaza ou Ramallah, ou dans l'achat d'une flotte de belles voitures imposantes.
Le résultat est que, depuis la signature des accords d'Oslo, le PNB par tête des palestiniens a diminué de moitié, cependant que le taux de chômage est passé au-dessus de 15 % - jusqu'à 40 % dans certaines localités, particulièrement chez les jeunes, ce qui explique qu'ils soient disponibles pour participer aux émeutes.
La bureaucratie israélienne n'est pas en reste, conclue Daniel Doron. Au cours des six dernières années, elle aussi a contribué à freiner la croissance économique, tant en Israël même que dans les zones palestiniennes. Alors que l'ancien Premier ministre Shimon Peres et ses collègues ne cessaient de parler de coopération économique, et qu'ils mobilisaient beaucoup d'argent pour cela, en réalité ils en faisaient bien peu pour remédier au sort des malheureux ouvriers, fermiers ou artisans arabes : par exemple en ouvrant toutes grandes les portes du marché israélien à leurs productions de denrées agricoles, de matériaux de construction, de vêtements et de chaussures. Ils ont également négligé de ramener les contraintes de sécurité à un niveau qui aurait réellement permis à la circulation des gens et des produits de se faire plus librement ; tout comme ils n'ont rien fait pour mettre un terme au harcèlement bureaucratique israélien qui est à l'origine de tant de haines et de frustations accumulées, et qui n'a pas peu fait pour mettre le feu aux poudres.
Plus d´infos: http://www.euro92.com/new/article.php3?id_article=644