Les prisons d´Israël, un country-club?
Au-delà des murs
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Beaucoup sont également très impliqués dans la vie communautaire et font du bénévolat dans la région. Ils récoltent jouets et vêtements qu'ils redistribuent en période de fêtes aux enfants de l'hôpital Barzilaï. Certains se sont rendus à Sdérot pour contribuer à la reconstruction de la ville meurtrie par les roquettes Kassam.
A l'instar de la police et de l'armée, les centres pénitentiaires ont leurs unités d'élite : les hommes de Massada sont spécialisés dans la négociation d'otages ; ceux de Dror s'emploient à faire disparaître les drogues des prisons ; et les membres de Nachshon, une unité qui fonctionne comme une prison ambulante, encadrent les prisonniers pendant les déplacements entre leurs cellules et les salles des tribunaux.
Quand un détenu entre en prison pour purger sa peine, il subit avant toute chose une visite médicale et un entretien avec un travailleur social qui analyse son profil psychologique et donne ses premières impressions. L'assistant social évalue la personnalité du nouveau venu et son potentiel de dangerosité par rapport aux autres détenus.
Ce n'est qu'après avoir passé ces examens que le prisonnier est placé dans une cellule - dont certaines peuvent contenir de 8 à 16 individus - qui comprend lits superposés, étagères, table à manger et chaises, douche et cabinet de toilette fermés par une porte pour permettre un minimum d'intimité. Tous les prisonniers reçoivent un nécessaire de toilette rudimentaire et des sous-vêtements. La famille peut compléter le reste du trousseau.
Les Arabes sont totalement séparés des Juifs. Il existe des quartiers réservés aux détenus qui présentent un danger pour eux-mêmes et pour les autres, Juifs et Arabes confondus ; des quartiers pour ceux en attente de leur procès ; un quartier disciplinaire (ou d'isolement) et une cellule où les avocats peuvent rencontrer leurs clients. Les détenus reçoivent des visiteurs en fonction de leur peine et de l'évolution de leur procès. Les visites peuvent être hebdomadaires, bihebdomadaires ou plus espacées. Les visites conjugales sont autorisées au terme d'un an d'incarcération et de bonne conduite.
Le détenu peut se rendre à son propre domicile s'il a purgé un quart de sa peine et répond à des règles spécifiques exigées par la police correctionnelle et l'administration pénitentiaire. Pour ces visites exceptionnelles, le prisonnier est souvent assigné à résidence ou accompagné par un employé du centre de détention 24 heures sur 24. Mais, si les prisonniers ont été incarcérés pour violence conjugale ou agression sexuelle, ils doivent auparavant recevoir l'approbation d'une commission spéciale au terme d'une audience prolongée.
A Shikma, la journée d'un détenu commence à six heures et demie du matin, par l'appel matinal. Chaque détenu doit répondre à son nom et à une question dont la réponse est connue de lui seul. C'est le premier appel de la journée. Le petit-déjeuner, comme les deux autres repas, est servi dans les cellules et les hommes peuvent manger quand ils le souhaitent. Un nutritionniste supervise la composition des menus et la quantité des rations.
Puis les prisonniers qui travaillent quittent leur cellule pour accomplir leurs tâches quotidiennes tandis que les autres se rendent à la clinique, à leur procès, lisent, suivent un des nombreux cours disponibles ou reçoivent des visites. Deux fois par jour, pendant une heure, les prisonniers partent en "promenade" dans la cour de leur quartier. Une façon pour eux de socialiser, jouer au basket ou au ping-pong, voir la lumière du jour et respirer l'air du dehors à travers les toits de fils barbelés.
De retour dans les cellules, ils regardent la télévision (non câblée) ou écoutent la radio. Les détenus ont pu suivre la libération d'un prisonnier palestinien incarcéré à Shikma, mais ils mettent leurs réactions en sourdine car elles seront réprimées, comme c'est le cas lors de chaque attentat ou de la relaxe d'un terroriste. "Ils savent que toute démonstration de joie sera sanctionnée", explique Liberman.
Le bâtiment - et son circuit électrique - de plus de trente ans ne permet pas l'installation d'un système d'air conditionné. Les cellules sont équipées de ventilateurs. Ce n'est pas un country-club, mais après tout, ça n'est pas censé en être un. Les détenus peuvent se rendre à la cantine deux ou trois fois par mois grâce à l'argent versé par ses proches via un compte bancaire postal. Si le prisonnier n'a pas de famille, l'établissement lui procure de quoi faire quelques courses.
La prison comme vecteur de réhabilitation
Le détenu peut étudier dans le cadre de l'Université ouverte, mais à ses frais. Des ateliers et des cours d'alphabétisation sont proposés pour aider les prisonniers à passer leurs examens d'entrée à l'université, à s'intégrer hors de la prison et à obtenir un emploi. Une antenne des toxicomanes anonymes est également accessible aux détenus de Shikma.
Ceux issus d'un environnement familial violent et enclins eux-mêmes à la violence reçoivent une aide thérapeutique pour les aider à modifier leur comportement. Ils participent à des rencontres conduites par des spécialistes, apprennent à gérer leur colère et prennent part à des jeux de rôle. Comme l'argumente Liberman : "Notre but est d'enseigner aux prisonniers qu'il existe une autre façon de vivre, et, avec un peu de chance, ils arriveront à obtenir les outils pour réussir."
Dans le cadre d'un programme de réhabilitation, certains détenus qui répondent aux critères requis peuvent faire du bénévolat auprès d'enfants handicapés. D'autres - comme c'est le cas depuis cinq ans - se rendent à l'hôpital Barzilaï d'Ashkelon chaque semaine pour entretenir les jardins du bâtiment d'Oncologie.
L'instructeur jardinier leur enseigne les rudiments du jardinage. A Tou Bishvat, certains ont même planté des arbres à Guivat Tom et Tomer, un jardin du souvenir à la mémoire de deux soldats de l'armée israélienne tués dans un accident d'hélicoptère en 1997. "Nous voulons que les détenus contribuent à la vie de la communauté et puissent, en retour, se sentir en accord avec eux-mêmes, c'est une forme d'auto-motivation", explique Liberman.
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