Le général de Gaulle et Israel.
Le 14 mai 1948, Israël apparaît sur la carte du monde. Le rêve des Juifs de recréer leur nation en Terre Sainte se réalise. Au même moment, la guerre du nouvel Etat avec ses voisins arabes commence. Comment est né le projet d'un Etat juif ? Quel fut le rôle de l'Exodus, le célèbre bateau des rescapés de la Shoah, violemment refoulés de Palestine par les militaires anglais ? A quel monde meilleur rêvaient les pionniers des kibboutz, ces villages agricoles collectivistes qui ont formé le socle du pays ? Comment l'occupation de territoires, suite aux fulgurantes victoires militaires d'Israël de 1967, a brouillé l'image de l'Etat juif ? Comment les agents du Mossad, les services secrets israéliens, mènent une perpétuelle guerre de l'ombre, y compris en France, contre leurs ennemis ?
LE JOUR OÙ ISRAEL EST NE
Paris 1896. Scandalisé par l'affaire Dreyfus, un journaliste autrichien, Theodor Herzl, écrit le livre « L'Etat juif ». Il déclare, à l'issue du premier congrès sioniste qu'il réunit dans la foulée : « J'ai fondé l'Etat juif... dans cinq ans peut-être, certainement dans cinquante ans, ce sera une évidence... ». On le prend pour un fou. Et pourtant, un demi-siècle plus tard, son rêve prend corps avec la naissance d'Israël. Dès la fin du 19e siècle, les Juifs d'Europe centrale, victimes des pogroms, partent vers la Palestine. Un milliardaire français, Edmond de Rothschild, consacre sa fortune à leur acheter des milliers d'hectares. Les Anglais, qui régentent le territoire, doivent composer avec les Arabes qui s'opposent au projet national juif. Pourtant, en 1947, après le cauchemar nazi, Américains et Soviétiques votent ensemble la création d'Israël. Attaqué par tous ses voisins, le nouvel Etat se bat immédiatement pour sa survie.
EXODUS : LES DESSOUS DE L'ODYSSEE
A l'été 1947, pour calmer la colère arabe en Palestine, les Britanniques refoulent un bateau, baptisé Exodus, transportant 4500 survivants des camps de concentration nazis. Parti du Sud de la France, le navire est forcé d'y revenir. Cette odyssée bouleverse l'opinion mondiale. En France, plusieurs ministres de l'époque, dont François Mitterrand, dénoncent le scandale. Les journalistes s'emparent de l'affaire. Pendant des semaines, malgré des conditions inhumaines, les passagers refusent de débarquer. A quelques mois du vote décisif de l'ONU, l'affaire de l'Exodus devient une formidable opération de communication pour le projet sioniste…
L'EPOPEE DES KIBBOUTZ
Du travail en plein air sous le soleil de la Méditerranée, des jeunes des deux sexes venus de toute l'Europe et d'Amérique cohabitant dans les dortoirs, des danses en rondes dans la salle des fêtes : les images du kibboutz font rêver les jeunes, à la fin des années 60 et au début des années 70. Ces villages collectivistes incarnent alors un rêve de vie communautaire, qui attire aussi bien les hippies que les gauchistes. Au kibboutz, les enfants sont élevés en commun, le travail et les revenus sont également partagés, les décisions se prennent démocratiquement. Ces villages symbolisent l'idéal socialiste d'Israël. Une utopie sociale qui va se déliter, pour laisser place à des fermes high-tech gérées presque comme des entreprises.
1967 : FRANCE / ISRAEL, LE DIVORCE
5 juin 1967. La Guerre des Six Jours. Au cours d'une attaque surprise, l'aviation israélienne détruit 180 avions égyptiens. Ce sont des Mirage, les avions français, qui ont réalisé cette attaque foudroyante. Le général de Gaulle est furieux. Contrairement à ses prédécesseurs socialistes, le nouveau président français veut ménager les pays arabes. Il décrète un embargo sur les armes. Divorce.
Mais de nombreux décideurs français ne sont pas d'accord avec le repositionnement du Général. A commencer par Serge Dassault, l'industriel qui construit les avions Mirage. De nombreux équipements sont livrés en Israël par la valise diplomatique qui permet de contourner l'embargo. Dassault laisse faire : ses ingénieurs vont en vacances en Israël… Le Mirage israélien voit le jour en deux ans.
De Gaulle, lui, refuse de livrer à Israël six vedettes de combat commandées par l'Etat juif. Qu'importe : les agents secrets israéliens vont récupérer les navires de guerre au nez et à la barbe du gouvernement français. La France est humiliée. Le divorce est consommé. La France vend des Mirages à l'un des pires ennemis d'Israël, le colonel Kadhafi.
QUAND LE MOSSAD FRAPPE EN FRANCE
En 1978, le Premier ministre français Jacques Chirac signe un contrat pour livrer une centrale nucléaire au président irakien Saddam Hussein. Pour Israël, il est certain que le leader arabe cherche à se doter de la bombe atomique. A partir de là, le Mossad monte une série d'opérations clandestines en France pour empêcher la livraison incluant sabotages et assassinats. Pour la première fois, un agent du Mossad, et le numéro deux de la DST témoignent. Révélations.
source: France3 (Droit d´inventaire)
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Conférence de Presse du Général de Gaulle
le 27 novembre 1967
L'établissement, entre les deux guerres mondiales, car il faut remonter
jusque-là, l'établissement d'un foyer sioniste en Palestine et puis, après
la Deuxième Guerre mondiale, l'établissement d'un Etat d'Israël, soulevait,
à l'époque, un certains nombres d'appréhensions.
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de
Juifs, si l'implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été
acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des
peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n'allait pas entraîner
d'incessants, d'interminables, frictions et conflits. Certains même
redoutaient que les Juifs, jusqu'alors dispersés, mais qui étaient restés ce
qu'ils avaient été de tous temps, c'est-à-dire un peuple d'élite, sûr de
lui-même et dominateur, n'en viennent, une fois rassemblés dans le site de
leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les
souhaits très émouvants qu'ils formaient depuis dix-neuf siècles.
Cependant, en dépit du flot tantôt montant, tantôt descendant, des
malveillances qu'ils suscitaient dans certains pays et à certaines époques,
un capital considérable d'intérêt et même de sympathie s'était accumulé en
leur faveur, surtout, il faut bien le dire dans la Chrétienté ; un capital
qui était issu de l'immense souvenir du Testament, nourri par toutes les
sources d'une magnifique liturgie, entretenu par la commisération
qu'inspirait leur antique malheur et que poétisait, chez nous, la légende du
Juif errant, accru par les abominables persécutions qu'ils avaient subies
pendant la Deuxième Guerre mondiale et grossi, depuis qu'ils avaient
retrouvé une patrie, par leurs travaux constructifs et le courage de leurs
soldats.
C'est pourquoi, indépendamment des vastes concours en argent, en influence,
en propagande, que les Israéliens recevaient des milieux Juifs d'Amérique et
d'Europe, beaucoup de pays, dont la France, voyaient avec satisfaction
l'établissement de leur Etat sur le territoire que leur avaient reconnu les
Puissances, tout en désirant qu'ils parviennent, en usant d'un peu de
modestie, à trouver avec leurs voisins un "modus vivendi" pacifique.
Il faut dire que ces données psychologiques avaient quelque peu changé
depuis 1956 ; à la faveur de l'expédition franco-britannique de Suez, on
avait vu apparaître, en effet, un Etat d'Israël guerrier et résolu à
s'agrandir.
Ensuite, l'action qu'il menait pour doubler sa population par l'immigration
de nouveaux éléments, donnait à penser que le territoire qu'il avait acquis
ne lui suffirait pas longtemps et qu'il serait porté, pour l'agrandir, à
utiliser toute occasion qui se présenterait.
C'est pourquoi, d'ailleurs, la Vème République s'était dégagée, vis-à-vis
d'Israël, des liens spéciaux et très étroits que le régime précédent avait
noués avec cet Etat et s'était appliquée, au contraire, à favoriser la
détente dans le Moyen-Orient.
Bien sûr, nous conservions avec le Gouvernement israélien des rapports
cordiaux et, mêm, nous lui fournissions pour sa défense éventuelle les
armements qu'il demandait d'acheter, mais, en même temps, nous lui
prodiguions des avis de modération, notamment à propos des litiges qui
concernaient les eaux du Jourdain ou bien des escarmouches qui opposaient
périodiquement les forces des deux camps.
Enfin, nous nous refusions à donner officiellement notre aval à son
installation dans un quartier de Jérusalem dont il s'était emparé et nous
maintenions notre ambassade à Tel-Aviv.
D'autre part, une fois mis un terme à l'affaire algérienne, nous avions
repris avec les peuples arabes d'Orient la même politique d'amitié, de
coopération, qui avait été pendant des siècles celle de la France dans cette
partie du monde et dont la raison et le sentiment font qu'elle doit être,
aujourd'hui, une des bases fondamentales de notre action extérieure.
Bien entendu, nous ne laissions pas ignorer aux Arabes que, pour nous,
l'Etat d'Israël était un fait accompli et que nous n'admettrions pas qu'il
fût détruit. De sorte que, on pouvait imaginer qu'un jour viendrait où notre
pays pourrait aider directement à ce qu'une paix réelle fût conclue et
garantie en Orient, pourvu qu'aucun drame nouveau ne vînt le déchirer.
Hélas ! le drame est venu. Il avait été préparé par une tension très grande
et constante qui résultait du sort scandaleux des réfugiés de Jordanie, et
aussi d'une menace de destruction prodiguée contre Israël.
Le 22 mai, l'affaire d'Akaba, fâcheusement créée par l'Egypte, allait offrir
un prétexte à ceux qui rêvaient d'en découdre. Pour éviter les hostilités,
la France avait, dès le 24 mai, déclaré à M. Eban, ministre des Affaires
étrangères d'Israël, que je voyais à Paris.
" Si Israël est attaqué, lui dis-je alors en substance, nous ne le
laisserons pas détruire, mais si vous attaquez, nous condamnerons votre
initiative.
Certes, malgré l'infériorité numérique de votre population, étant donné que
vous êtes beaucoup mieux organisés, beaucoup plus rassemblés, beaucoup mieux
armés, que les Arabes, je ne doute pas que, le cas échéant, vous
remporteriez des succès militaires, mais, ensuite, vous vous trouveriez
engagés sur le terrain, et au point de vue international, dans des
difficultés grandissantes, d'autant plus que la guerre en Orient ne peut pas
manquer d'augmenter dans le monde une tension déplorable et d'avoir les
conséquences très malencontreuses pour beaucoup de pays, si bien que c'est à
vous, devenus des conquérants, qu'on en imputerait peu à peu les
inconvénients."
On sait que la voix de la France n'a pas été entendue. Israël ayant attaqué,
s'est emparé, en six jours de combat, des objectifs qu'il voulait atteindre.
Maintenant, il organise, sur les territoires qu'il a pris, l'occupation qui
ne peut aller sans oppression, répression, expulsions, et il s'y manifeste
contre lui une résistance, qu'à son tour, il qualifie de terrorisme. Il est
vrai que les deux belligérants observent, pour le moment, d'une manière plus
ou moins précaire et irrégulière, le cessez-le-feu prescrit par les Nations
Unies, mais il est bien évident que le conflit n'est que suspendu et qu'il
ne peut pas avoir de solution, sauf par la voie internationale.
Mais un règlement dans cette voie, à moins que les Nations Unies ne
déchirent elle-mêmes leur propre Charte, un règlement doit avoir pour base
l'évacuation des territoires qui ont été pris par la force, la fin de toute
belligérance et la reconnaissance réciproque de chacun des Etats en cause
par tous les autres. Après quoi, par des décisions des Nations Unies, en
présence et sous la garantie de leurs forces, il serait probablement
possible d'arrêter le tracé précis des frontières, les conditions de la vie
et de la sécurité des deux côtés, le sort des réfugiés et des minorités et
les modalités de la libre navigation pour tous, notamment dans le golfe
d'Akaba et dans le canal de Suez.
Suivant la France, dans cette hypothèse, Jérusalem devrait recevoir un
statut international.
Pour qu'un tel règlement puisse être mis en oeuvre, il faudrait qu'il y eût
l'accord des grandes puissances (qui entraînerait ipso facto celui des
Nations Unies) et, si un tel accord voyait le jour, la France est d'avance
disposée à prêter sur place son concours politique, économique et militaire,
pour que cet accord soit effectivement appliqué.
Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître, non point
fictivement sur quelque formule creuse, mais effectivement pour une action
commune, tant que l'un des plus grands des Quatre ne se sera pas dégagé de
la guerre odieuse qu'il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde
d'aujourd'hui.
Sans le drame du Viet-nam, le conflit entre Israël et les Arabes ne serait
pas devenu ce qu'il est et si, demain, l'Asie du Sud-Est voyait renaître la
paix, le Moyen-Orient l'aurait bientôt recouvrée à la faveur de la détente
générale qui suivrait un pareil évènement.
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Video: Extrait de l'excellent film document intitulé "Heureux comme un juif en France".
http://www.dailymotion.com/video/x3rofg_de-gaulle-antisemite-vous-y-croyezv_news