"Les chrétiens de Gaza sont comme le dollar, en pleine décadence", confie le père Artemios, prêtre dans la bande de Gaza, où 2.500 fidèles survivent difficilement aux côtés d’une population musulmane qui se radicalise de jour en jour au contact du mouvement islamiste Hamas.
Les paroissiens de la petite église, une des quatre du territoire, n’ont plus qu’une "obsession" : fuir.
"Ce n’est pas facile d’être chrétien à Gaza. Depuis six mois mes paroissiens n’arrêtent pas de me demander de les sortir d’ici. Ils me disent que pour un pays comme la Grèce, il serait facile de fournir 3.000 passeports", explique le père Artemios, prêtre grec orthodoxe en charge de la paroisse depuis cinq ans.
Dans une région où la qualité de la vie dépend pour beaucoup des liens établis par les familles avec le pouvoir, les chrétiens se heurtent à de multiples obstacles pour trouver du travail et assurer leur sécurité. Nombre d’entre eux dépendent de dons étrangers pour subsister, étudier, se soigner.
Mais beaucoup de musulmans les assimilent à des "collaborateurs" des Israéliens, à cause de leur neutralité politique.
"Nous sommes une petite communauté et il est difficile de conserver un équilibre entre le Fatah (du président palestinien Mahmoud Abbas) et les islamistes du Hamas (qui contrôlent le gouvernement)", souligne le prêtre, âgé de 29 ans, qui a officié, avant Gaza, à l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
Otages de l’offensive militaire israélienne en cours contre Gaza, ces chrétiens se sentent plus que jamais pris entre deux feux.
"Pour les Israéliens, il importe peu que les gens de Gaza soient musulmans ou chrétiens. Pour eux, tous sont Palestiniens", remarque Artemios, l’un des deux prêtres du territoire.
Il n’a pas la tâche facile. Ses fidèles lui demandent de participer aux manifestations et de dénoncer dans ses sermons le harcèlement des forces israéliennes. Il évite de prendre parti, mais est bien conscient de "décevoir" ainsi sa communauté.
"J’ai toujours pensé que le travail d’un religieux était d’ordre spirituel et consistait à transmettre l’espoir, en particulier dans cette région du monde", souligne-t-il.
Dimanche, 200 chrétiens s’étaient rassemblés pour assister à la messe dans la petite église, détruite et reconstruite plusieurs fois depuis sa fondation au Ve siècle. A la différence de l’Europe, il n’existe pas à Gaza de différences entre orthodoxes, catholiques et protestants.
Dans leurs prières, tous demandent l’arrêt de la violence, à Gaza comme au Liban.
"Nous sommes très préoccupés par la situation au Liban. Nous avons de la famille là-bas. Nous ne pouvons pas nous téléphoner parce que les lignes israéliennes ne le permettent pas, et nous ne recevons que quelques nouvelles par internet", raconte Imad Saed, un des paroissiens.
Bien que personne ne l’admette, Gaza est un haut-lieu de la tradition chrétienne. A Deir Al balah, une localité du centre du territoire, dont le nom en arabe signifie "le monastère des dattes", a été érigé le premier temple chrétien de la région, antérieur même au Saint-Sépulcre.
"La grande mosquée de Gaza fut autrefois une église. Jusqu’à une date récente on pouvait voir de petites croix gravées sur les colonnes", assure le père Artemios.
Le rêve du jeune prêtre est de voir se réaliser une ancienne promesse du leader palestinien défunt Yasser Arafat, qui avait cédé un terrain de Gaza pour y construire une mosquée et une église, afin de montrer au monde que chrétiens et musulmans y vivent ensemble.
"La mosquée a été achevée il y a déjà longtemps, mais la construction de l’église n’a pas encore commencé, à cause des pressions des islamistes. Nous allons attendre la fin de cette période difficile pour insister à nouveau auprès de l’Autorité palestinienne", promet-il.
source: chretiente.info