Alors les arabes on joue à quoi à la guerre?

Publié le par mai_si

Le Coran au courant du football.
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« Allah Akbar » contre « terroristes », la guerre verbale entre les supporters d’équipes rivales
Le foot devient politique lorsqu’une équipe arabe israélienne affronte celle de Jérusalem


 
Perdre aux penalties après un match acharné contre leurs rivaux du Beitar Jérusalem a marqué cruellement la fin des espoirs du club arabe israélien de Bneï Sakhnin pour la Coupe de football d’Israël. Mais pour de nombreux supporters de cette équipe d’une petite localité arabe israélienne nichée au cœur de la Galilée, une défaite face à une équipe juive et surtout nationaliste constitue une bataille perdue en attendant une revanche.
«Notre rivalité avec Beitar n’est pas seulement sportive. C’est une bataille entre gauche et droite, entre Arabes et Juifs, entre partisans de la paix et les va-t-en-guerre. Deux mondes totalement différents », explique Ibrahim Abou Ghaia, patron d’un restaurant. « Une victoire pour Sakhnin, c’est une victoire des pauvres sur les riches qui redonne espoir à ceux qui souffrent de discrimination », ajoute-t-il.
Quelques heures avant le début du match, des enfants jouent au foot sur les côtés de la rue principale, les hommes devisent dans les cafés et restaurants, tandis que les passants arborent fièrement le maillot rouge avec l’insigne du seul club arabe de première division professionnel. Bien que le Beitar dispose d’un budget dix fois supérieur et que ses joueurs soient meilleurs, la passion contre ce club, dont des supporters se livrent souvent à des provocations antiarabes, peut faire mentir tous les pronostics, ajoute Ibrahim Abou Ghaia.
Les murs de son restaurant sont décorés avec des drapeaux, des affiches et des images du club de la ville, créé à la fin des années 1970 et qui a réussi à se hisser en première division avant d’être le premier club arabe à remporter la Coupe. Sur un autre mur de l’établissement, le patron a apposé des versets du Coran dans des cadres de cuivre. La religion joue aussi son rôle face au Beitar. « Allah Akbar » (Dieu est le plus grand) est devenu un slogan lancé par les supporters de Bnei Sakhnin, tandis que les supporters du Beitar crient volontiers « Terroristes », précise Ibrahim Abou Ghaia.
Sakhnin, dont 90 % des 25 000 habitants sont musulmans, est devenu un symbole de la lutte des 1,2 million d’Arabes israéliens contre les discriminations, et son club de foot est considéré comme « l’équipe de tous les Arabes israéliens », poursuit Ibrahim Abou Ghaia. Chaque supporter de l’équipe a en tête le drame du 30 mars 1976, estime de son côté Nidal Tarabiya, faisant référence au jour où des milliers d’habitants de Sakhnin et des villages arabes voisins se sont affrontés avec la police et l’armée, lors d’une manifestation contre l’expropriation de terres appartenant à des Arabes près de Sakhnin. Six manifestants avaient été tués et chaque année, leur mémoire est célébrée à l’occasion de la « Journée de la terre ». Il y a deux ans, des affrontements avaient opposé policiers et supporters des deux équipes à Sakhnin. Depuis, des centaines de policiers sont mobilisés tandis que des mesures de sécurité très sévères sont prises pour chaque rencontre.
Mais le football à Sakhnin ne se résume pas toujours à un conflit entre Arabes et Juifs. Dans le stade moderne érigé grâce à une donation du Qatar en 2005, l’espoir d’une coexistence existe aussi : « Le football est tout pour les jeunes et nous avons quatre joueurs venus de villes juives qui font partie de l’équipe », explique Saïd Ma’ari, l’entraîneur de l’équipe des moins des 18 ans. L’un d’entre eux, Edgar Stuckgold, 16 ans, a fait partie de deux clubs au Brésil avant d’immigrer en Israël il y a deux ans. Il raconte qu’au début, son intégration dans l’équipe de Sahknin l’an dernier a provoqué quelques surprises parmi les membres de sa famille et ses amis à Karmiel, une ville à majorité juive. Mais les choses se sont vite arrangées. « Je suis un fan de Sakhnin. J’ai réussi à capter quelques mots d’arabe et je me suis fait des amis », raconte-t-il.

source: L´Orient-Le Jour
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