Théodore Herzl va même jusqu’à vanter les bienfaits de l’antisémitisme.
http://www.dailymotion.com/atredugrandphare/video/x2rne8_sionisme-ennemi-des-juifs_politics
VOICI CE QUE J´AI TROUVÉ COMME INFOS EN RAPPORT:
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On reste frappé d'étonnement lorsque, à la lueur de l'histoire des temps qui nous séparent de Saint Paul, on relit les phrases de l'Apôtre des Gentils, et l'on conçoit à peine l'immensité des sanglantes tragédies qui ont opposé les Juifs et les Chrétiens, tous deux greffés sur l'arbre antique de la Révélation biblique. La signification profonde du destin d'Israël échappe à peu près généralement à la pensée chrétienne, qui permet et organise parfois le sort que les Juifs ont connu notamment pendant le deuxième millénaire de l'ére chrétienne, dans les pays d'Europe.
Si l'on excepte quelques éclairs de lucidité allumés par quelques grands Papes dans cette longue nuit, il faut attendre le XVIIème siècle pour que les termes de la destinée d'Israël soient à nouveau posés dans leur signification profonde. Pascal a des intuitions fulgurantes sur les Juifs. Bossuet situe leur destin au centre de l'Histoire universelle, mais il faut attendre le XIXème siècle pour que le destin d'Israël soit à nouveau posé en sa plénitude devant la conscience chrétienne par Léon Bloy acerbe, mais essentiel, et depuis, par Péguy, par Claudel, par Jacques Maritain qui révèlent l'importance de ce drame caché, mystique, dans les déroulements de l'histoire humaine.
C'est dans ces grandes perspectives qu'il faut situer la personne, la pensée et l'action de Jules Isaac. La vraie grandeur de Jule Isaac est ainsi d'avoir pénétré dans le schisme judéo-chrétien, à une heure où il fallait empoigner la chance fragile d'une réconciliation qui pourrait devenir, si l'on en croit l'apôtre Paul, la condition d'un salut universel.
Oui, la vraie grandeur de Jules Isaac a été d'arracher, pour sa part, le bandeau qui voilait le visage de la Synagogue et de dire à Israël et à l'Eglise :
"Regardez-vous enfin face à face et reconnaissez-vous. Votre réconciliation "conditionne le salut universel. De votre union dépendent la vie et la mort de "l'humanité."
L'une des joies les plus profondes de sa vie a été, il nous le disait souvent, d'avoir permis à l'Eglise de mieux connaître Israël et à Israël de découvrir le visage inoubliable du Christ, Yeshou'a ha'mashiah.
Du côté juif, la grande nuit est aussi traversée d'éclairs. Au XIIIème siècle, l'un des esprits les plus profonds de la Synagogue au temps de l'exil, Abraham Aboulafia, théologien mystique et savant exégète de la Bible, voit comme dans une vision qu'un homme doit un jour mettre fin au grand calvaire des enfants d'Israël et ouvrir les portes de leur prison. Cet homme, c'est le Pape, l'homme blanc, celui qui aux pires époques des déchaînements des Chrétiens contre les Juifs, constitue le dernier refuge et le dernier recours. Aboulafia reprenait ainsi pour son compte une vieille tradition juive selon laquelle le salut viendrait un jour pour les enfants d'Israël par la médiation d'un Souverain Pontife. Aboulafia était un profond penseur, mais aussi, comme il arrive souvent aux méditerranéens, ce penseur était également un homme d'action. Il décide d'aller à Rome, de voir le Pape, de lui dicter sa mission de Souverain Pontife et son devoir traditionnel de protecteur des Juifs. Il demandera au Pape de reconnaître la légitimité d'Israël et de mettre un terme à l'odieuse persécution, d'ouvrir les chaînes et de libérer les captifs du ghetto. Aboulafia se met en route pour Rome. Las ! Il est arrêté, remis aux tribunaux ecclésiastiques et condamné à mort. La veille de son exécution le Pape Nicolas III s'éteint. Chacun voit dans cette mort un signe du ciel et Aboulafia est grâcié et libéré, le 22 Août 1280. Il pourra continuer à rêver de rédemption universelle, tandis que l'étau se resserre, dans lequel ses frères saignaient.
Plus récente, plus sérieuse et d'une importance plus vitale a été une autre tentative faite par un Juif pour ouvrir un dialogue nouveau entre l'Eglise et la Synagogue. Cette tentative, bien que toute proche de nous, est peu connue, elle est cependant d'une importance vitale, non seulement pour la connaisance de l'histoire, mais pour la préparation de ses renouvellements. C'est la tentative de Théodore Herzl, le fondateur de l'Etat d'Israël. Lorsque le Capitaine Dreyfus est condamné et dégradé dans la cour des Invalides, le samedi 5 Janvier 1895, Jules Isaac a 17 ans et éprouve le même choc qui ébranle la conscience de son aîné, Théodore Herzl, âgé de 34 ans et qui assiste en personne à la scène de la dégradation de Dreyfus. Chez l'un et chez l'autre, chez Edmond Fleg, le Genevois aussi, c'est le même choc qui remet tout en question ; il faut dire que ces trois hommes, Théodore Herzl, Edmond Fleg, Jules Isaac, sont sortis du même milieu ; assimilés et assez éloignés des sources juives, ils ont ressenti avec une même sensibilité les événements de l'Affaire Dreyfus qu'ils ont vécus avec une même intensité et une même ferveur blessée.
Herzl remet en question tout ce qu'il est, tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut. L'Affaire Dreyfus va déclencher en lui une véritable conversion intérieure et transformer le journaliste, le chroniqueur mondain, l'homme de théâtre, auteur de pièces qui connaissent un certain succès sur les boulevards, en un prophète et héritier direct des Prophètes de la Bible, en un homme d'Etat aux mains nues qui, par la puissance de sa vision et de sa pensée, va, de ses mains nues, détourner le cours de l'histoire et à vrai dire, préparer la fondation de l'Etat d'Israël. Au premier choc qui va bientôt révolutionner toute sa personne, Herzl est animé par une résolution désormais inflexible : il faut qu'il fasse quelque chose pour le salut des Juifs. Que sera ce quelque chose ? La première idée de Herzl rejoint celle d'Aboulafia. La seule force capable de mettre un terme au sanglant calvaire judaïque, c'est celle de l'Eglise. Lui, l'homme Herzl, ira donc voir le Pape pour lui proposer une alliance entre les Juifs et les Chrétiens, pour le salut des humbles et des pauvres et pour la rédemption, non seulement des Juifs, mais du monde entier. Théodore Herzl écrit alors une longue lettre à l'Archevêque de Vienne pour lui proposer un plan général de la réconciliation de l'Eglise et de la Synagogue et de la réintégration des Juifs au sein de l'Eglise. Théodore Herzl n'hésite pas à franchir ce pas ; il prendra la tête d'une croisade universelle pour obtenir la conversion des Juifs et leur entrée au sein de l'Eglise Catholique qui, de son côté, mettrait un terme à l'enseignement du mépris, un terme aux injures et aux malédictions dont les Juifs sont abreuvés par les antisémites. L'Eglise reconnaîtrait la légitimité du Judaïsme et, enrichie par les Juifs ainsi convertis, elle serait en mesure d'assurer ce qui, au yeux de Herzl, constitue l'imminente vocation du XXème siècle, la salvation du genre humain. Théodore Herzl est saisi par cette vision qu'il décrit avec minutie dans les premières pages de son journal. Lui-même, Théodore Herzl, en engageant les Juifs du monde entier au baptême, y conduirait ses propres enfants, l'événement aurait lieu dans la grande joie des retrouvailles. Il entend le son des cloches des cathédrales sonner allègrement l'événement, et lui, Herzl, comme Moïse sortant d'Egypte, conduirait les enfants d'Israël vers la Terre promise de l'Eglise…
Je ne sais ce que l'Archevêque de Vienne pensa de l'épître de Théodore Herzl, ni ce qu'il en fit. Herzl dût bientôt reconnaître l'inanité de son projet. Il se dirigera encore vers une autre voie, pensant que le salut des Juifs pourrait venir par le triomphe universel du socialisme. Ce n'est qu'ensuite qu'il découvrira l'autre voie, celle de la rédemption des Juifs par leur retour en Terre Sainte et par la fondation de l'Etat d'Israël. Théodore Herzl, dans les neuf ans de sa vie publique, posera, nous l'avons dit, les fondements du futur Etat Juif, mais il n'oubliera jamais son idée première, celle de la réconciliation de l'Eglise et de la Synagogue. Il est significatif de noter que l'une des dernières démarches de sa vie le conduit au Vatican où il s'entretient avec le Cardinal Merry Del Val, Secrétaire d'Etat du Vatican et avec le Pape Pie X. A l'un et à l'autre, Théodore Herzl expose son plan de la création d'un Etat Juif en Terre Sainte ; à l'un et à l'autre, il demande pour la réalisation de son programme le concours et les secours de l'Eglise. Le temps n'était pas encore venu pour la réconciliation, mais le temps de la condamnation était passé. Le Pape et le Secrétaire d'Etat écoutent Théodore Herzl avec attention, avec sympathie et c'est comme à regret que l'un et l'autre lui disent : "Non possumus". Pour Pie X, il faudrait d'abord que les Juifs reconnaissent Jésus afin que l'Eglise puisse reconnaître Israël. Herzl n'est pas condamné comme Aboulafia, s'il n'est pas encore accueilli comme le sera demain Jules Isaac.
Plus d´infos: http://judaisme.sdv.fr/perso/jisaac/chouraq.htm-----
Theodor Herzl sur le divan de Gilles Deleuze
Par Gyslain DI CARO
2. Une Europe antisémite
L’antisémitisme du 19ème siècle était bien plus fin que celui des nazis, car il n’était pas rationalisé et identifié comme tel. Il ressemble à l’antisémitisme européen actuel qui ne s’exprime que par signes. Tout dire sans rien dire. Tout dire par le moyen de ne rien dire. Laisser faire le signe. Chez Proust, il y a différents mondes et différents signes. Le monde et les signes de la mondanité, le monde et les signes de l’amour, le monde et les signes de l’art etc. " Rien de drôle n’est dit chez Madame Verdurin, et Madame Verdurin ne rit pas ; mais Cottard fait signe qu’il dit quelque chose de drôle, Madame Verdurin fait signe qu’elle rit ". L’antisémitisme constitue probablement le dénominateur commun de tous les mondes où a évolué Herzl. Celui de la mondanité, celui du journalisme, celui du droit, celui du théâtre. On trouve chez Proust l’idée d’un mouvement répétitif des signes. La Différence et en même temps la Répétition, qui couplées mettent en exergue la Loi Générale, la Réunion. Il y a par exemple la Loi Générale de l’amour avec ses différences factuelles et ses répétitions sérielles. C’est la répétition des différences qui fait tendre vers la Loi Générale, jusqu’à arriver à ce moment de flagrance, qui dévoile enfin le sentiment : l’amour, la haine, la jalousie. L’antisémitisme par le signe est en cela sournois que si l’effet est visible, la cause ne l’est pas. C’est ainsi peine perdue de vouloir le dévoiler par le moyen de la preuve factuelle. Ses manifestations sont toujours différentes, mais leur répétition trahit sa constance. " Nous avons tort de croire aux faits, il n’y a que des signes ". Le propre du signe est d’être impalpable, il ne s’agit pas d’une donnée exprimable. Il se ressent mais ne se démontre pas. L’effet du signe chez Madame Verdurin, c’est le comique. Mais la cause n’est pas visible, car rien de drôle n’est dit et Madame Verdurin ne rit pas.
La naissance de Theodor Herzl s’inscrit dans un contexte de changement radical de la condition juive. En sortant du ghetto, les juifs sont aussi contraints de sortir du ghetto mental où la société austro-hongroise les avait malgré eux enfermés. Comme des milliers de juifs avec lui, Herzl se voit confronté à la déchirure générationnelle de l’assimilation. Plus autrichien que l’autrichien, tel est l’homme que doit devenir le juif de la première génération du nouveau juif.
La famille de Theodor Herzl était ainsi largement déjudaïsée, ses parents assimilés, ses grands-oncles convertis au christianisme. Sa mère, Johanna Diamant se pique de culture et de littérature germanique, ce qu’elle s’efforcera, avec succès, de transmettre au jeune Theodor.
Enfant, Theodor Herzl est un brillant élève. Il excelle en allemand, en hongrois, en histoire et en mathématique. En revanche ses résultats en hébreu biblique et théologie sont médiocres. Très tôt il rejettera la culture juive ancestrale au nom du progressisme et de l’esprit du siècle. L’on raconte ainsi l’éclat auquel il se livra en classe en affirmant que l’histoire de la sortie des juifs d’Egypte avait été inventée.
1870 : Theodor Herzl a dix ans. Il entre au collège et se voit confronté à un antisémitisme banal, de "droit commun", incontestable et incontesté, routinier. Les juifs y sont présentés, sans haine ni polémique et de façon désincarnée, comme des idolâtres.
C’est alors que Theodor Herzl accentue son intérêt pour le théâtre et la littérature. Lecture et écriture furent certainement les seules choses qu’il a aimé faire dans la vie. A quatorze ans il fonde avec sa sœur Pauline un cercle littéraire qu’ils appellent " Wir " (" Nous ") dont il devient président. L’objet social inscrit dans les statuts rédigés par Herzl lui-même, juriste avant son heure, consiste à améliorer, dans un souci constant de forme et d’élégance, la connaissance de la langue allemande.
En 1878 Pauline meurt soudainement du typhus, contracté trois jours avant. Theodor ne s’en remettra jamais. Les Herzl s’installent alors à Vienne peu de temps après le décès pour fuir le lieu du drame et les insupportables souvenirs.
C’est à Vienne que tout a commencé.
3. Herzl antisémite…
La haine de soi, posture courante dans la communauté juive, est très présente chez Herzl. Auto-flagellation, autocritique, auto-dérision ; être juif, c’est commenter son propre reflet, comprendre ce qui n’y va pas. Ainsi l’humour juif contre l’ironie grecque, ainsi l’autocritique et la haine de soi, contre le pangermanisme et la satisfaction chauvine de soi. Athènes contre Jérusalem. Longtemps Herzl aura préféré Athènes. Pour supporter d’être juif à Vienne, il faut être ailleurs au monde. Peut-être cela explique-t-il la passion de Herzl pour la littérature et le théâtre. Car dans la première partie de sa vie, c’est-à-dire avant le sionisme politique, Theodor Herzl se situe toujours sur le terrain de la fiction. Sa façon à lui de s’évader, d’être ailleurs au monde. Il va ainsi préférer au journalisme classique, le genre romancé du feuilleton, domaine où il excellera. Peut-être Herzl souffrait-il déjà lui aussi, sans se l’avouer, de ce tourment juif : le mal du pays sans avoir de pays.
Véritablement, Theodor Herzl se refuse… Son discours est antisémite. Il ne cesse à chaque occasion de provoquer son entourage, décrivant le juif comme un arriéré au nez ethnique, à la physionomie si particulière, fruit de mariages consanguins. La solution pour les juifs résiderait selon lui, écrit-il à vingt deux ans, à " croiser les races occidentales avec les prétendues races orientales, avec une commune religion d’Etat ". En 1885 il écrit à ses parents: " je suis fasciné par la splendide plage d’Ostende. Il est vrai qu’on voit un grand nombre de juifs (../..) mais les autres vacanciers sont intéressants ".
1878 : Herzl s’inscrit en Droit à l’Université de Vienne. Les attaques antisémites y furent constantes. En 1880 en Allemagne, Karl Eugen Dühring, professeur à l’Université de Berlin, prône l’exclusion systématique des juifs, convertis ou pas, de la fonction publique, et l’interdiction du mariage entre juif et non juif. Tout ceci l’affecte profondément. C’est que l’étudiant Herzl est un pangermaniste convaincu et souhaite à part entière être reconnu comme tel. Il mène une vie associative active et participe avec enthousiasme aux activités de la fraternité "Albia" dont il est un membre fervent. Il quittera de lui-même la fraternité en 1883, à la suite du pamphlet antisémite prononcé par le porte parole du club à l’occasion d’un hommage à Wagner qui nécessita l’intervention des forces de police. Il obtint son doctorat en 1884 et quitta l’université.
Mais Herzl refoule, encore et toujours. Il ne veut pas admettre l’enracinement profond de l’antisémitisme en Europe. Il relativise, aplatit la réalité, tient pour pures anecdotes des événements pourtant significatifs de l’esprit national. Il ne le conçoit pas. En 1891 naît son fils Hans. Il ne sera pas circoncis et Herzl refusera qu’il porte un deuxième prénom hébraïque comme c’était alors souvent l’usage chez les juifs autrichiens. La même année il s’installe à Paris comme correspondant permanent de la prestigieuse Neue Freie Presse. Il doit délaisser le théâtre et la littérature qui, estime-t-il, ne lui apporte guère de satisfaction ; des écrits jamais publiés, des pièces mal ou jamais montées, Herzl trouve dans le journalisme une sorte de supplétif opportun, un compromis… Mais qui jamais ne le satisfit pleinement. Alors il sombre dans la dépression, s’ennuie, se noie dans son travail. Cette période du temps perdu de la vie de Herzl, est plus décisive qu’il n’y paraît. Elle est même capitale. Herzl est en train peu à peu de s’éloigner de ses premiers amours. " Quand nous croyons perdre notre temps " écrit Deleuze " nous poursuivons souvent un apprentissage obscur, jusqu’à la révélation finale d’une vérité du temps qu’on perd ". Dans le même temps il fréquente le Palais Bourbon, s’amuse de l’ambiance si française du débat parlementaire qui y règne et de la verve de certains députés, plus insolents qu’éloquents, moins pertinents qu’impertinents. Paris fit de Herzl un autre homme. C’est aussi à Paris que tout a commencé.
4. Une France antisémite
En 1892 le journal d’Edouard Drumont " Libre Parole " se veut dénonciateur de l’affaire du canal de Panama : ce sont les spéculateurs juifs qui ont fait le coup, ils ont tout fait rater. Drumont publie sa célèbre diatribe : " La France juive ". L’auteur y révèle le nom des trois milles juifs cachés qui depuis la Révolution manipulent la France comme un marionnettiste sa marionnette. Le livre se vendit extrêmement bien et connu un large écho dans l’opinion. Les juifs y sont une fois de plus stigmatisés comme des paranoïaques. Drumont accusa Burdeau, alors vice-président de la Chambre, d’être un pantin de la Banque juive et notamment des Rothschild. Burdeau l’attaqua en diffamation et le procureur, prenant partie en sa faveur, dénonça la méthode de Drumont consistant à judaïser l’homme à abattre. Mais Drumont, fort de l’opinion publique favorable (qui déjà à l’époque était relativement influente) inclut le procureur dans le complot juif. Drumont sera condamné à trois mois de prison. De nombreuses manifestations de rue éclatèrent alors au soutien de la victime, du héros national, Drumont. Par la suite l’auteur s’en prit aux officiers juifs présents dans l’armée française qu’il accusa de traîtrise.
Encore une fois, Herzl n’y croit pas, ou feint de ne pas y croire. De subterfuges en pirouettes intellectuelles, il refuse de se poser en militant de la cause juive. Après tout, ce débat n’est rien d’autre d’un débat français ; il les a bien vu faire au Palais Bourbon. C’est pas sérieux tout ça. Il va même jusqu’à saluer le talent artistique de Drumont et publiera en 1892 une chronique où il aborde le sujet avec grande légèreté : " Les français en veulent surtout aux juifs d’être originaire de Francfort, injustice évidente, puisque certains d’entre eux viennent de Mayence ou même de Spire. Quant à leur argent, on ne leur reproche que s’ils en ont. Si un juif pousse sa fourberie naturelle jusqu’à sacrifier sa vie de manière chevaleresque, il aura droit à de longs murmures d’approbation (../..) c’est un mouvement qui passera ".
Ça passera… Ce passé qui ne passe pas ! Herzl jamais ne s’est réveillé sioniste. Il n’a même jamais eu de Déclic identifiable à un moment t, jamais de Révélation causée par le choc d’un événement. C’est un lent cheminement mental incolore qui l’y a conduit, un faisceau d’indices. De signe en signe, signe après signe, il s’infléchit, s’incurve. Malgré lui, contre lui, il dévient "Theodor Herzl". L’homme de l’anti-sophie, de l’anti-sémitisme.
Lorsque la baronne Suttner, présidente d’une ligue viennoise contre l’antisémitisme, sollicita la participation de Herzl à son combat, celui-ci déclina formellement cette proposition et lui répondit que " les juifs devraient se débarrasser de ces particularités qu’on leur reproche à juste titre (../..) ". Herzl va même jusqu’à vanter les bienfaits de l’antisémitisme, qui selon lui devrait supprimer " cet étalage ostentatoire de richesses, obligera les financiers juifs sans scrupule à changer de conduite et contribuera de diverses manières à l’éducation des juifs ". Il arguera de la nécessité d’une conversion de masse des générations futures au christianisme. Il tiendra par ailleurs des débats endiablés avec son ami Ludwig Speidel : " Je comprends l’antisémitisme. Nous les juifs nous sommes demeurés, même si ce n’est pas de notre faute, des corps étrangers au sein des diverses nations (../..) Nous avons acquis dans le ghetto nombre de caractéristiques antisociales. Notre caractère a été corrompu par l’oppression et il faut une autre pression pour le rétablir (../..) Nous fûmes contraints au commerce de l’argent. L’argent colle à notre peau parce qu’on nous a jeté sur l’argent. Lorsque nous sommes sortis du ghetto, nous étions et nous sommes d’abord restés des juifs du ghetto ".
En réponse à la pièce d’Alexandre Dumas fils " La femme de Claude " où il est question du retour des juifs sur leur terre, en province de Palestine, Herzl affirme " les juifs d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec leur patrie historique. Si les juifs devaient y retourner un jour, ils s’apercevraient dès le lendemain qu’ils ont depuis longtemps cessé d’être un peuple ". Herzl se pose alors en assimilationniste convaincu.
…Mais finalement, de Drumont à la baronne Suttner, de Speidel à la fraternité Albia, Herzl s’exprime à toutes occasions sur la question juive. A la manière des musiciens de Prévert du poème " L’orgue de barbarie ", le propos d’Herzl se nie lui-même, contient sa propre contradiction. L’expression de sa prétendue hauteur, la clameur de son indifférence factice, dévoile son intérêt et son tourment : " Moi je joue du piano disait l’un " écrit Prévert " Moi je joue du violon disait l’autre, moi de la harpe moi du banjo, moi du violoncelle, moi du biniou…et les uns et les autres parlaient, parlaient, parlaient (../..) tout le monde parlait, parlait, parlait, personne ne jouait ". Quelque chose se passe. Tout comme pour les beaux parleurs de Prévert, la prise de position et surtout la prise de parole de Herzl sont suspectes. Il est un juif tourmenté, et même beaucoup plus tourmenté que tous les autres.
5. L’Affaire Dreyfus
1895 : " Alfred Dreyfus, vous n’êtes plus digne de porter les armes. Au nom du peuple français, nous vous dégradons ". Et Dreyfus de répondre : " Je jure que vous dégradez un innocent. Vive la France ! Vive l’armée ! "
Contrairement à la légende, l’affaire Dreyfus ne fut pas non plus l’événement impulsif exclusif du combat de Herzl. Le soir de la dégradation, Herzl fait un papier pour la Neue Freie Presse. Il est bien loin d’être un Dreyfusard convaincu. Herzl n’est pas Zola ! Quoiqu’il ne soit pas non plus, loin de là, ce que l’on pourrait appeler un anti-dreyfusard, il se contente, en stricte journaliste, d’un compte rendu plutôt désincarné de la dégradation : " En passant devant un groupe d’officiers qui hurlaient : Judas ! Traître ! Il leur cria en retour : je vous interdis de m’insulter (../..) on lui mis les fers, et il fut confié au gendarmes. La troupe rompit les rangs mais la foule s’attarda devant la grille, attendant le départ du prisonnier (../..) "
Si l’affaire Dreyfus ne fut pas à proprement parler un choc, elle fut néanmoins une bombe à retardement, un événement dont Herzl ne pouvait plus nier, par confort intellectuel, le mal fondé, l’injustice sans appel. Herzl ne peut plus s’accommoder de cette sorte de théorie hasardeuse de " l’antisémitisme de comportement ". Car Dreyfus est un officier dévoué et irréprochable. Mais juif, juste juif. De Paris à Alger, des manifestations anti-dreyfusardes éclatent, et spontanément des centaines de juifs sont pris à partie, lynchés et tabassés.
De plus en plus, Herzl doute. Pour la première fois depuis son arrivée en France, il se rend à un office à la synagogue de la Victoire, réfléchit, médite. Peut-être l’affaire Dreyfus fut-elle, toute mesure gardée, le signe de trop, la manifestation d’une réalité qui cette fois n’a plus d’excuse. Plus important que la pensée, il y a ce qui force à penser. Herzl a été forcé, contraint au constat de ce dont procédait vraiment l’antisémitisme : un sentiment irrationnel, irréductible, qui n’a pas d’explication légitime, qui n’est pas à pardonner, et auquel l’on ne peut échapper en tant que juif, même en s’y associant. La posture antisémite de certains juifs ne les en préserve pas ! Le modèle d’assimilation que représente l’officier supérieur de l’armée française, n’efface pas sa constante juive, cette tare blâmable en soi. Rien n’a permis, ce que réalise Herzl, de réduire l’hostilité envers Dreyfus : " C’est en vain que nous sommes des patriotes loyaux, voir superloyaux (../..) Dans les pays où nous vivons depuis des siècles on nous déclare étrangers ".
Il n’y a pas de logos nous dit Proust, il n’y a que des hiéroglyphes. Le sionisme politique de Herzl ne repose sur aucune base déjà esquissée. Newton décrivait Galilée comme un géant dont il serait monté sur les épaules pour voir encore plus loin. Herzl n’est pas dans un pareil cas de figure. Il ignore totalement les travaux des précurseurs du sionisme. Ainsi, évoquant l’Auto-émancipation de Pinsker, Herzl écrit : " Quel dommage que je n’aie pas lu cette œuvre avant que ma propre brochure (l’Etat des juifs) ait été imprimée. D’un autre coté, c’est une bonne chose que je ne l’aie pas connue car peut-être aurais-je abandonné ma propre entreprise ". Véritablement, comme l’indique Charles Zorgbibe, Herzl a " réinventé la roue ". En paraphrasant Protagoras, l’on peut dire que le sionisme de Herzl est la mesure de tout sionisme.
Plus d´infos: http://www.robertredeker.net/textesd_amis_deleuzeetherzl,pardicaro.htm
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