Que feraient les palestiniens à la place des israëliens?
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Montée de la violence [modifier]
Dans toutes les zones mixtes où vivent les deux communautés, à Jérusalem et Haïfa en particulier, attaques, représailles et contre-représailles de plus en plus violentes se succèdent. Les tirs isolés évoluent en batailles rangées ; les attaques contre le trafic se transforment en embuscades. Des attentats de plus en plus sanglants se produisent, auxquels répondent à leur tour des émeutes, des représailles et d'autres attentats.
Par exemple, le 30 décembre, à Haïfa, des membres de l'Irgoun lancent deux bombes dans une foule d'ouvriers arabes faisant la queue devant une raffinerie, tuant 6 d'entre eux et en blessant 42. La foule en colère tue en représailles 39 Juifs avant que les soldats britanniques ne rétablissent le calme.[8],[9] En représailles, le 31 décembre, des soldats du Palmach et de la brigade Carmel attaquent le village de Balad-al-Sheikh et de Hawassa. Selon différents historiens, ils y font entre 21 et 70 morts.[10]
Le 22 février, à Jérusalem, les hommes d'Hadj Amin al-Husseini organisent à l'aide de déserteurs britanniques un triple attentat à la voiture piégée qui vise les bureaux du journal The Palestine Post, le marché de la rue Ben Yehuda et l'arrière-cour des bureaux de l'Agence juive, faisant respectivement 22, 53 et 13 morts Juifs ainsi que des centaines de blessés.[11],[12] Le 29 février, en représailles, le Lehi mine la voie de chemin de fer Le Caire-Haïfa au nord de Rehovot, provoquant la mort de 28 soldats britanniques et en blessant 35[13]. Il réitère l'opération le 31 mars près de Césarée, provoquant la mort de 40 personnes et en blessant 60, pour la plupart des civils arabes.[14]
Sur la période de décembre 1947 et janvier 1948, on compte près de 1000 morts et 2000 blessés.[15] Fin mars, un rapport fait état de plus de 2000 morts et 4000 blessés.[16] Ces chiffres correspondent à une moyenne supérieure à 100 morts et 200 blessés chaque semaine. Et ce, sur un total de 2 000 000 d'habitants.
En dehors de la zone côtière, les zones d'implantations du Yichouv en Palestine sont très dispersées. La communication entre la zone centrale la plus développée et les zones périphériques s'effectue par des liaisons routières. Ces liaisons constituent une cible d'autant plus facile que la plupart traversent ou longent des localités arabes, voire parfois des zones entièrement arabes.
Dans cette configuration, l’« isolement » des 100 000 Juifs de Jérusalem et alentours (comme le Gush Etzion, à mi-chemin sur la route stratégique entre Jérusalem et Hébron), celui des 27 villages et implantations du Néguev[17] et celui de ceux du Nord de la Galilée constituent un point faible stratégique pour le Yichouv.
La possibilité d'évacuer ces zones difficilement défendables est envisagée mais à Jérusalem comme dans toute la Palestine, la politique de la Haganah a été fixée par Ben Gourion. Elle est simple. « Ce que tiennent les Juifs doit être conservé. Aucun Juif ne doit abandonner son domicile, sa ferme, son kibboutz ou son travail sans autorisation. Chaque avant-poste, chaque colonie, chaque village, quel qu’en soit l’isolement, doit être occupé comme s’il s’agissait de Tel-Aviv même. »[18] Dans les faits, aucune implantation juive n'a été évacuée avant l'invasion de mai 1948. Seuls une douzaine de Kibboutzim de Galilée ainsi que ceux de Gush Etzion envoient femmes et enfants dans les zones plus sûres de l'intérieur.[19]
Ben Gourion donne des instructions pour renforcer les implantations du Néguev en hommes et matériel[17], notamment dans les kibboutz de Kfar Darom ou Yad Mordechai (nord de Gaza), Revivim (sud de Beer-Sheva) et au Gush Etzion. Conscient du danger qui pèse sur le Néguev, le Commandement suprême de la Haganah y assigne un bataillon entier du Palmach[20].
Le cas de Jérusalem est encore plus critique de par l'importance de sa population juive (1/6e du total du Yichouv) et de la grande difficulté d'accès de la ville. La route Tel-Aviv - Jérusalem est longue et escarpée. Elle quitte la zone juive à Houlda puis suit les contreforts de Latroun. Ensuite, le parcours des 28 kilomètres entre Bab-el-Oued et Jérusalem prend pas moins de 3 heures[21] et la route traverse ou passe à proximité de villages arabes tels Saris, Qastel, Deir Yassin, ou Qaluniya.[22]
Abdel Kader al-Husseini arrive à Jérusalem en décembre 1947 avec l’objectif d’« étouffer » la communauté juive de la ville.[23]
Il s'installe à Tzurif, un village au sud-ouest de Jérusalem avec ses hommes : une centaine de combattants qui se sont entraînés en Syrie avant la guerre et qui servent de cadres à son armée, la Jihad al-Muqadas. Il est rejoint par une centaine de jeunes villageois et de vétérans de l'armée britannique.[24] L'armée passe rapidement à plusieurs milliers d'hommes[25] et transfère son quartier général et son centre d'entraînement à Bir Zeit, près de Ramallah. Sa zone d'influence s'étend jusque Lydda et Ramleh[26] où Hassan Salameh, un vétéran de la Grande Révolte de 1936-39 à la tête de 1000 hommes[27], coordonne ses actions avec Abdel Kader al-Husseini dans le harcèlement du trafic routier[28].
Le 10 décembre, la première attaque organisée se produit sur un convoi entre Bethléem et Gush Etzion. Dix passagers et membres de l'escorte sont tués[28].
Le 14 janvier, Abdel Kader mène personnellement une attaque contre Kfar Etzion dans laquelle 1000 hommes sont impliqués. L'attaque est un échec et il laisse 200 morts derrière lui. Toutefois, une section de 35 hommes du Palmach cherchant à renforcer l'implantation se fait surprendre, puis encercler et massacrer.[29]
Le 25 janvier, une attaque d'envergure a lieu dans le village arabe de Qastel. Suite à un appel d'Abdel Kader al-Husseini, plusieurs villages du nord-est de Jérusalem vont se joindre à l'attaque. D'autres préfèrent ne pas s'y joindre de peur des représailles ou s'excusent auprès de leurs voisins juifs arguant que l'appel ne concernait pas l'attaque du convoi mais la défense du village voisin de Bet Suriq.[30]
La campagne pour le contrôle des routes prend un caractère militaire croissant et focalise l'effort de guerre arabe[30]. À partir du 22 mars, les convois de ravitaillement vers Jérusalem ne passent plus. Ce jour-là, un convoi d'une trentaine de véhicules est anéanti aux gorges de Bab-el-Oued.[31] Le 27 mars, un important convoi de ravitaillement de retour de Kfar Etzion est pris dans une embuscade au sud de Jérusalem. Encerclés par plusieurs milliers d'Arabes et à court de munitions, ils demandent l'assistance des Britanniques après 24 heures de combats. Ils doivent néanmoins abandonner armes et munitions, mais surtout tous les véhicules aux Arabes.
Selon un rapport britannique, la situation de Jérusalem, où un rationnement en nourriture est déjà en application, risque de devenir désespérée après le 15 mai.[32]. À la même période, la situation est tout aussi critique pour les Juifs à d'autres endroits du pays. Le 26 mars, les colonies du Néguev sont isolées de par l'impossibilité d'utiliser la route côtière du sud qui passe par des zones denses de population arabe[32]. Le 27 mars, un convoi de ravitaillement destiné aux kibboutz isolés au nord-ouest de la Galilée est attaqué dans la région de Haïfa. Entre 42 et 47 combattants de la Haganah et une centaine de l'Armée de libération arabe sont tués. Tous les véhicules sont détruits[32],[33],[34].
Le bilan des pertes subies la dernière semaine de mars est lourd pour la Haganah : trois grands convois ont été pris en embuscades, plus de 100 soldats tués et l'essentiel de la flotte de véhicules blindés est détruite[35].
Globalement, Jérusalem-Ouest "étouffe" petit à petit, les implantations de Galilée ne peuvent plus être atteintes que via la vallée du Jourdain et la route de Nahariya, toutes deux dominées par les villages arabes. Haïfa elle-même ne peut pas être rejointe via Tel-Aviv par la route côtière principale, car une "chaîne" de villages arabes en domine la partie nord. Au sud, près d'Hébron, les quatre colonies du Bloc d'Etzion sont assiégées. La vingtaine d'implantations du Néguev sont isolées et le pipeline qui les ravitaille en eau régulièrement saboté[35].
Cette situation, la nécessité de préparation du Yichouv à l'attaque prévue des États arabes en mai et l'avancée dans le départ des Britanniques va pousser la Haganah à passer à l'offensive et à appliquer le plan Daleth dès avril[35].
La violence s'intensifie et certaines opérations font intervenir les militaires. Bien que responsables de l'ordre et de la loi jusqu'à la fin du mandat, les autorités mandataires n'essaient pas de reprendre le contrôle de la situation. Elles sont plus impliquées dans la liquidation de l'administration et l'évacuation de leurs troupes.[36],[37] Elles estiment également avoir perdu suffisamment d’hommes dans ce conflit.
Les Britanniques ne peuvent pas (ou ne veulent pas) empêcher l'entrée en Palestine de forces étrangères.[38] Suivant un Rapport spécial de la commission sur la Palestine[39] :
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- Dans la nuit du 20 au 21 janvier, une troupe composée de 700 Syriens, en tenue de combat, bien équipée et disposant de transports mécanisés entre en Palestine « via la TransJordanie ».
- Le 27 janvier, une « bande de 300 hommes, venant de l'extérieur de la Palestine, s'est établie dans la région de Safed en Galilée et est probablement responsable des attaques intensives au mortier et à l'arme lourde de la semaine contre la colonie de Yechiam. »
- Dans la nuit du 29 au 30 janvier, une troupe de 950 hommes de l'Armée de libération arabe, commandée par Fawzi al-Qawuqji, transportée dans 19 véhicules et constituée d'Arabes non palestiniens entre en Palestine « via le pont Damiyeh et se disperse dans les villages de Naplouse, Jénine et Tulkarem ».
Ce sont bien les troupes de l'Armée de libération arabe qui entrent en Palestine entre le 10 janvier et début mars[40] :
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- le 2e régiment Yarmouk sous les ordres d'Adib Shishakli[41] entre en Galilée via le Liban dans la nuit du 11 au 12 janvier, passe par Safed puis s'installe dans le village de Sasa. Il est composé d'un tiers de Palestiniens et d'un quart de Syriens ;
- le 1er régiment Yarmouk sous les ordres de Muhammad Tzafa entre en Palestine dans la nuit du 20 au 21 janvier via le pont de Damia sur le Jourdain et se disperse en Samarie. Il établit son QG dans le nord de la Samarie, à Tubas. Il est composé principalement de Palestiniens et d'Irakiens ;
- le régiment Hittin, sous les ordres de Madlul Abbas s'installe à l'ouest de la Samarie avec son QG à Tulkarem ;
- le régiment Hussein ibn Ali renforce Haïfa, Jaffa, Jérusalem et plusieurs autres villes ;
- le régiment Qadassia et une unité circassienne restent en réserve à Jab'a
Qawuqji arrive quant à lui le 4 mars avec le reste de la logistique et une centaine de volontaires bosniaques et installe son QG dans le village de Jab'a, sur la route Naplouse-Jénine. Il monte aussi un centre d'entraînement pour les volontaires palestiniens.
Alan Cunningham, le Haut Commissaire britannique en Palestine proteste vivement auprès du gouvernement jordanien contre ces incursions avec pour seule réaction de voir Alek Kirkbride se plaindre de « son ton hostile et de ses menaces » au ministre Bevin. « Aucun effort sérieux n'est fait pour empêcher l'incursion. »[40].
Les Britanniques et les services de renseignement du Yichouv s'attendent à une offensive pour le 15 février, qui n'aura finalement pas lieu ; semble-t-il parce que les troupes du Mufti ne sont pas encore prêtes[40].
En mars, un détachement irakien de l'Armée de libération arabe vient renforcer les forces palestiniennes de Salameh dans la région de Lydda et Ramleh pour entraîner les recrues tandis que suite à la présence de Qawuqji en Samarie, Abdel Kader al-Husseini installe son QG à Bir Zeit, à 10 km au nord de Ramallah[40].
Au même moment, des volontaires nord-africains, principalement libyens, et plusieurs centaines de Frères Musulmans entrent en Palestine. En mars, un premier contingent arrive à Gaza et certains s'infiltrent jusqu'à Jaffa.
Ces premières victoires renforcent le moral des combattants arabes.[42]
Le Haut Comité arabe est confiant et décidé à s'opposer à l'accomplissement du plan de partage. Dans un communiqué du 6 février au secrétaire général, il déclare[43] :
- Les Arabes de Palestine considèrent que toute tentative des Juifs ou de n'importe quelle puissance ou groupe de puissance d'établir un État juif dans un territoire arabe est un acte d'agression auquel on résistera par la force.(...)
- Le Prestige des Nations unies sera mieux servi en abandonnant et en n'imposant pas une telle injustice.(...)
- Les Arabes de Palestine firent la déclaration solennelle devant les Nations unies, devant Dieu et devant l'histoire qu'ils ne se soumettraient jamais à une quelconque puissance venant en Palestine pour imposer une partition. Le seul moyen pour établir une partition est tout d'abord de les éliminer : hommes, femmes et enfants.
Au début de février 1948, le moral des dirigeants juifs n'est pas élevé : « le désarroi et le désespoir ressortent clairement des notes prises lors des réunions du parti Mapai ».[44] « Les attaques contre les colonies et les grandes routes ont pris au dépourvu la direction juive, qui avait sous-évalué l'intensité de la réaction arabe »[45] La situation des 100 000 Juifs de Jérusalem est précaire et le ravitaillement de la ville risque d'être interrompu.
Malgré les revers sur le terrain, les forces juives et en particulier la Haganah, restent supérieures en nombre et en qualité aux forces arabes, tant du Haut Comité arabe que de l'Armée de libération arabe. « La Haganah est restée sur des positions statiques de crainte de voir les Britanniques prendre la défense des Arabes en cas d’offensive sioniste. Il faut attendre que le retrait des Britanniques soit suffisamment important pour que tout risque d’intervention de ces derniers soit écarté ».[46]
Le moral des combattants et des hommes politiques n'est cependant pas partagé par la population palestinienne : la « panique grandit dans les classes aisées arabes et on assiste à un exode régulier de la part de ceux qui peuvent s'offrir de quitter le pays ».[47] De décembre 1947 à janvier 1948, 70 000 Arabes environ fuient les agglomérations.[48] Fin mars, le total des réfugiés se monte à 100 000 environ.[49]
Ces gens constituent la première vague, celle-là principalement volontaire, des réfugiés palestiniens du conflit. Parmi ceux-ci on trouve principalement les membres des classes moyennes et supérieures, dont la plupart des familles des représentants du Haut Comité arabe ou des dirigeants locaux[49]. Partent également les étrangers arabes installés en Palestine[50]. Tous espèrent certainement retourner en Palestine une fois les hostilités terminées[50].
Plus d´infos: http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_de_1947-1948_en_Palestine_mandataire